Un oeil sur l'environnement

Depuis l’origine de sa création, le CRIOBE a perçu l’intérêt scientifique de l’observation des fluctuations temporelles des peuplements et des populations récifales sur le long terme.

Les premières données ont été collectées dès 1971 sur le secteur d’étude privilégié de Tiahura sur la partie nord-ouest de Moorea, mais les séries de suivi temporel en continu sur le long terme y ont commencé en 1987, soit depuis plus de deux décennies.

La radiale de Tiahura est aujourd’hui un des sites récifaux les plus étudiés au monde. Des programmes de suivi sur le long terme y sont menés depuis plus de 20 ans.

Ces programmes se sont ensuite étendus géographiquement sur le tour de Moorea puis dans les 5 archipels du pays et enfin, plus récemment dans les petits états ou territoires insulaires voisins dans le cadre du réseau Polynesia Mana (Global Coral Reef Monitoring Network).

Les cibles de ces suivis concernent principalement les invertébrés benthiques (avec les coraux Scléractiniaires en particulier) ainsi que les peuplements de poissons.

D’autres suivis sur le long terme sont également réalisés sur des variables explicatives en parallèle des relevés sur le vivant. Ils concernent des paramètres physico-chimiques (température de l’eau de mer, hydrodynamisme), des paramètres chimiques (sels minéraux, gaz dissous), des paramètres liés aux perturbations naturelles (cyclones, proliférations de prédateurs…) et d’autres liés aux perturbations et pressions humaines locales (urbanisation, modification du trait de côte, exploitation de la ressource).

LE PGEM

Le programme de suivi des Aires Marines Protégées de Moorea est mené par le CRIOBE selon la méthode BACIPS (Before After Control Impact Paired Series). Les campagnes de suivi menées 2 fois par an sur le benthos et les poissons depuis 2004 permettront à terme d’évaluer rationnellement l’efficacité des Aires Marines Protégées en terme de préservation de la ressource.

LE SUIVI DES ACANTHASTERS

Des relevés sont également réalisés régulièrement tous les ans depuis 2006 pour comprendre l’évolution du phénomène invasif d’Acanthaster planci qui touche l’ensemble des îles hautes de l’archipel de la Société.

Sylvie Geoffroy (Diplôme EPHE, Perpignan), témoigne :

« L’Acanthaster planci, (taramea en tahitien) présente dans les océans approximativement depuis 500 millions d’années, a été observée pour la première fois scientifiquement aux îles Suva (Fidji), en 1930. Cette étoile de mer dévoreuse de corail est rencontrée aussi communément sur les récifs coralliens de Polynésie Française où des explosions démographiques se produisent de manière cyclique. La dernière explosion massive, avant celle qui touche actuellement les îles de la Société, date de la fin des années 70 – début des années 80. Depuis le début du phénomène invasif actuel observé à Moorea dès 2004, plusieurs études ont été menées par le CRIOBE , par Thibault Rauby en 2005, Thierry Lison de Loma, Yannick Chancerelle, et Franck Lerouvreur en 2006, Céline Stievenart en 2007. Ces études démontrent et quantifient la forte augmentation des densités, sur les pentes externes et les lagons de Moorea depuis 2004 avec des recensements réalisés à l’échelle de l’île entière. Les conséquences se traduisent par de fortes mortalités coralliennes (diminution de la couverture corallienne) et une destruction de l’habitat récifal ce qui devrait avoir des conséquences à plus longue échéance sur les autres peuplements du récifs (poissons, mollusques, etc…). Dans un premier temps, l’objectif principal de mon étude est de continuer le suivi spatio-temporel des densités de Taramea initié en 2006 à Moorea et d’analyser les mécanismes potentiels de leur prolifération à l’échelle de la Polynésie Française. »

La technique du scuba tow permet de réaliser rapidement des relevés en plongée tractée sur de longues distances pour suivre les phénomènes de grande étendue géographique comme l’invasion des Acanthaster planci (Taramea) depuis 2006 ou les épisodes de blanchissement corallien qui surviennent durant certains étés australs anorma- lement chauds.

LE RESEAU POLYNESIA MANA

Le réseau Polynesia Mana géré par le CRIOBE concerne la Polynésie française et les petits états ou territoires insulaires voisins : îles Cook, Kiribati, Tokelau, Tonga, Niue, Wallis et Futuna. Dans chacun de ces territoires un suivi périodique des peuplements de coraux et de poissons est réalisé.