Nouvel Article: 15 Mars 2017 (Mourier et al.)

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Les requins s’organisent en un réseau social robuste au prélèvement.
15 Mars 2017 | Contact: Johann MOURIER Biology Letters

Le rôle qu’un individu joue au sein de son réseau social contribue non-seulement au maintien de la cohésion de la population mais peut aussi influencer la robustesse du réseau face aux perturbations environnementales ou anthropiques. Des chercheurs du Centre de Recherche Insulaire et Observatoire de l'Environnement (CRIOBE USR3278, PSL Research University: EPHE - CNRS - UPVD) publient un article dans la revue Biology Letters dans lequel ils démontrent que les interactions entre requins au sein du réseau social rendent le réseau robuste à un prélèvement de ses membres. Ces travaux montrent aussi que les requins sont capables d’apprendre rapidement remettant en cause les conditions de base des modèles écologiques de capture-recapture pour estimer les stocks des populations sur lesquels se base les modèles de pêche.

Figure 1 : Requins à pointes noires s’associant dans le lagon de Moorea (Crédit photo : Lauric Thiault)

Dans une étude publiée dans la revue Animal Behaviour en 2012 (Mourier et al. 2012), les chercheurs ont découvert qu’en milieu naturel les requins à pointes noires sont capables de former des associations préférentielles sur le long-terme (Figure 1). « Les requins eux aussi peuvent avoir leur réseau social! Même si leur structure sociale s’avère moins complexe que chez certains organismes sociaux, ils sont capables d’avoir des affinités pour certains congénères » explique Johann Mourier, principal auteur de l’étude.

Pour étudier le réseau social de cette population, Johann Mourier a identifié et recensé tous les requins qui s’associaient lors de ses plongées autour de l’ile de Moorea. Chaque individu est identifié grâce aux taches distinctives présentes sur leur aileron dorsal, fonctionnant comme une empreinte digitale (Figure 2).
Figure 2 : Chaque aileron dorsale a des taches propres à chaque individu comme une empreinte digitale permettant d’identifier les requins et de les suivre dans le temps et l’espace.

« A partir de toutes ces observations effectuées sur plus de deux ans, nous avons reconstruit le réseau social des requins de Moorea grâce aux méthodes employées dans les études sociales » explique Johann Mourier. Tous les individus dans ce réseau ne sont pas égaux et certains jouent un rôle plus important pour maintenir une connectivité entre les différents groupes sociaux. Les chercheurs ont ensuite effectué des simulations en prélevant les requins un à un dans le réseau et ont montré que plus de 50% de la population pouvait être prélevée avant que le réseau ne se désagrège. « Ce résultat est au départ assez surprenant. Il m’est alors rapidement apparu que les requins que j’avais déjà captures semblaient éviter de se faire recapturer, démontrant ainsi que les requins apprennent de leur expérience et évitent de se faire recapturer ! » explique Johann Mourier. C’est cette capacité à apprendre de leur erreur passé qui renforce la robustesse du réseau face à la pêche.

Enfin, ces résultats montrent qu’il faut utiliser avec extrême précaution les modèles écologiques de capture-recapture sur ces espèces, puisqu’ils reposent sur la condition selon laquelle chaque individu a la même chance de se faire capturer.

Ces travaux originaux montrent la complexité des relations entre individus dans le milieu naturel et amène à repenser les questions de conservation en introduisant les importances relatives de chaque individu.

RÉFÉRENCE
Mourier, J., Brown, C. and S. Planes. 2017. Learning and robustness to catch-and-release fishing in a shark social network. Biol. Lett. 2017 13 20160824; DOI: 10.1098/rsbl.2016.0824. Published 15 March 2017

CONTACT

Johann MOURIER (Perpignan, France)



ENGLISH VERSION

Smart Sharks Have Robust Social Networks
15 March 2017 | Contact: Johann MOURIER | Biology Letters

The role that an individual shark plays within its social network not only serves to maintain cohesion within the population, but it can enhance the network’s resilience to environmental and anthropogenic disturbances. Researchers from Centre de Recherche Insulaire et Observatoire de l'Environnement (CRIOBE USR3278, PSL Research University: EPHE - CNRS - UPVD) recently published a study in the journal Biology Letters that examined the social network of a population of blacktip reef sharks (Carcharhinus melanopterus) in French Polynesia (Figure 1). With support from a researcher at Macquarie University in Australia, the team demonstrated that the interactions between sharks within the social network made the network robust to shark removal. This study also suggested that sharks were able to quickly learn from capture questioning the use of capture-recapture model frameworks for these species.

Figure 1: Blacktip reef sharks networking in the lagoon of Moorea (Photo credit: Lauric Thiault)

In a previous study published in the journal Animal Behaviour (Mourier et al. 2012), ), the team discovered that blacktip reef sharks could form preferred associations in the wild. ‘Sharks have social networks too! Even though their social structure is not as complex as that of most mammals, sharks can display an affinity for one another’ explains Dr. Johann Mourier, the principal investigator of the study.

To study the social network of sharks, Mourier used the patterns found on the dorsal fins (Figure 2) – which are unique to the individual and can be likened to fingerprints in humans – to identify each individual shark. Such patterns allow researchers to track individuals in space and through time.
Figure 2: The patterns on a shark’s dorsal fin are likened to a human’s fingerprint, and allow researchers to track individual sharks in space and time.

‘Through a global analysis of sharks present together, we were able to build their social network using social science-based methods’, explains Mourier. ‘Capture-release-recapture surveys were simultaneously conducted after each dive to calculate individual probabilities of being captured’.

Investigating the blacktip reef shark’s social network has revealed that not all individuals are equal in terms of maintaining the connectivity between social clusters. Researchers ran simulations, where individual sharks were removed from the network, and what they found was that up to 50% of the population could be removed before the entire network collapsed. In addition to this surprising result, Mourier also noticed that the sharks he had already caught were now nearly impossible to catch as they were avoiding his fishing gear. ‘A shark’s ability to learn from previous negative experiences results in a network that is more robust to removal from fishing.

Finally, results from this study highlight that extreme care must be taken before applying capture-release-recapture models for shark population studies because individual sharks do not have equal probability of being caught.

This original work highlights the complexity of relationships between individuals in the wild and has implications for shark conservation, where it is now imperative that we consider the relative contribution of an individual to the overall resilience of the population.

REFERENCE
Mourier, J., Brown, C. and S. Planes. 2017. Learning and robustness to catch-and-release fishing in a shark social network. Biol. Lett. 2017 13 20160824; DOI: 10.1098/rsbl.2016.0824. Published 15 March 2017

CONTACT

Johann MOURIER (Perpignan, France)


 

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