Nouvel Article: 2 Mai 2017 (Thiault et al.)

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L’effort de pêche dans le lagon de Moorea cartographié
2 Mai 2017 | PLoS ONE | Contact: Lauric Thiault

Des chercheurs du CRIOBE ont publié un article dans la revue PLoS ONE dans lequel ils ont cartographié l’effort de pêche dans le lagon de Moorea en combinant des approches de cartographie participative et des données biophysiques et socio-économiques. Ces travaux constituent un élément essentiel pour la gestion des activités lagonaires à Moorea. Un cadre de décision est également présenté afin de choisir la méthode la plus adaptée dans d'autres contextes.

Dans une étude publiée dans la revue Frontiers in Marine Science en 2016 (Leenhardt et al. 2016), des chercheurs du CRIOBE ont décrit le défi que représentait l’étude de la pêche lagonaire de Moorea. « La difficulté dans le cas de Moorea est que tout le monde est un pêcheur potentiel, que de nombreuses espèces sont ciblées, qu’une multitude de techniques sont utilisées et qu’une importante partie des captures est autoconsommée et donc difficile à suivre (Figure 1). Il est donc extrêmement difficile d’appliquer les méthodes scientifiques classiques telles que celles utilisées en Europe, où la pêche est très organisée et moins diffuse. Le cas de Moorea étant comparable à de nombreux récifs coralliens dans monde, il était essentiel de développer une méthode flexible qui permette de surmonter ces difficultés tout en s’adaptant au contexte local ».


Figure 1 : La pêche à Moorea est caractérisée par la diversité des espèces ciblées et des techniques de pêche utilisées. L’effort de pêche exercé sur une zone du lagon dépend à la fois des préférences des pêcheurs pour certaines caractéristiques (profondeur, pente, substrat, distances à la côte et aux passes), mais aussi de leur capacité de pêche. Ces deux facteurs varient fortement autour de l’île. (Crédits photo : Lauric Thiault et Teva Beguet)

Pour cela, les auteurs de cette étude ont tout d’abord réalisé des entretiens auprès des pêcheurs de Moorea afin de mesurer l’importance qu’ils apportaient à des critères liés à l’habitat, la profondeur, la pente ou encore la distance au rivage et à la passe dans la détermination de leurs zones de pêche. « Le but de cette approche était d’obtenir des informations suffisamment précises et fiables pour être cartographiées, sans pour autant révéler les sites de pêche secrets des pêcheurs locaux » explique Lauric Thiault, principal auteur de cette étude. Des données satellites ont alors permis de représenter les critères préférentiels de manière géographique (cartes de Moorea représentant les critères utilisés : voir ici).

Pour obtenir l’effort de pêche (Figure 2), les chercheurs ont alors combiné cette carte de zones préférentielles des pêcheurs avec une carte de capacité de pêche obtenue à partir de données socio-économiques. « Comme il est très difficile de connaître le nombre exact de pêcheurs à Moorea, explique Lauric Thiault, nous avons calculé un indice de dépendance des foyers aux ressources marines en se basant sur les données de recensement de la population de l’île. Ainsi, plus les foyers sont dépendants et nombreux dans une zone, plus leur capacité de pêche est importante. Au final, si une zone du lagon regroupe des critères appréciés par les pêcheurs, et que la capacité de pêche y est importante, l’effort de pêche y sera très fort. ».


Figure 2 : Carte de l’effort de pêche exercé sur les récifs de Moorea. Les abords des passes sont régulièrement pêchés par des pêcheurs expérimentés, mais la part la plus importante de l’effort de pêche se concentre sur les récifs frangeant, plus facilement accessibles.

De manière générale, l'effort de pêche diminue avec la distance au rivage (principalement en raison de l'hétérogénéité de l'habitat) et varie le long de la côte (principalement en raison de la densité variable de foyers dépendants à la pêche). Les zones frangeantes et les passes affichent des niveaux relativement élevés d'effort de pêche, tandis que les niveaux inférieurs sont plutôt détectés en pente externe et dans certaines zones lagonaires sableuses. Les niveaux les plus élevés d'effort de pêche sont retrouvés à Taotaha, Papetoai, Maharepa, Atiha et Maatea. Le lagon de Varari est également fortement pêché, tandis que les parties sud et nord-ouest du lagon sont parmi les zones les moins exposées à la pression de pêche.

Cette méthode a ainsi permis de surmonter la complexité de la pêche lagonaire de Moorea et de cartographier pour la première fois l’effort de pêche sur l’ensemble des récifs de l’île. Cela apporte donc des informations essentielles pour le Plan de Gestion de l’Espace Maritime, actuellement en révision.

SOURCE
Thiault L., Collin A., Chlous F., Gelcich S., and Claudet J. 2017. Combining participatory and socioeconomic approaches to map fishing effort in small-scale fisheries. PLoS ONE.

CONTACT(S)
Lauric THIAULT (Moorea, Polynésie française)
Joachim CLAUDET (Perpignan, France)