Nouvel Article: PNAS, 7 Novembre 2016 (O. Salles et al. )

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Cinq générations de poissons-clowns sur le même récif: avantages et inconvénients
7 Novembre 2016| PNAS | Contact: Océane Salles

Bien qu'il a longtemps été admis que les larves de poisson dispersaient dans l'océan, loin de leur lieu de naissance, plusieurs études ont démontré que ces larves pouvaient s'installer dans leur population natale. Combien parmi ces larves de poissons contribuent réellement au renouvellement de la population locale? Cela reste un mystère. Et pourtant, la réponse à cette question est essentielle pour comprendre la dynamique des populations marines et pour permettre une gestion plus adaptée des stocks de poissons. Dans une vaste étude publiée ce mois dans la prestigieuse revue PNAS, des chercheurs de l'USR3278 CRIOBE EPHE-CNRS-UPVD, de KAUST (Arabie Saoudite), de WHOI (Etats-Unis) et des Universités de Paul Sabatier (Toulouse), James Cook (Australie) et Austral (Chili) ont reconstruit le premier pédigrée pour une population naturelle de poissons afin d'évaluer les effets de la philopatrie natale sur le renouvellement de la population locale et son impact sur la consanguinité.

Le suivi génétique de tous les poissons-clowns oranges vivant autour de l'île de Kimbe (Papouasie Nouvelle-Guinée) depuis plus de 10 ans a permis aux chercheurs de reconstruire un arbre généalogiques (pédigrée) retraçant les liens de parentés existants entre tous les individus de la population. Cette étude a pu être possible grâce à la particularité du poisson-clown qui vit en association obligatoire avec une anémone, ce qui facilite grandement le suivi des individus dans le temps car les juvéniles et les adultes ne quittent pas leur anémone une fois installés. Le pédigrée reconstruit montre que ~37% des adultes contribuent à ~56% du renouvellement de la population locale sur 5 générations. Comme toutes les anémones de l'île ont été géolocalisées, il est possible de suivre le déplacement des individus de leur anémone de naissance vers leur anémone de résidence sur plusieurs générations. Les résultats révèlent la présence de générations chevauchantes et la cohabitation d'individus apparentés au sein d'une même anémone (~2% de la population) avec deux cas de croisements consanguins (<0,01% de la population). Bien que le niveau de consanguinité observé reste très faible, il ne doit pas être négligé, car la population peut devenir à risque d'extinction sur le long terme si l'immigration, et donc la diversité génétique venait à diminuer. Les changements climatiques peuvent réduire le potentiel de dispersion des larves et donc les connectivités fonctionnelles entre les populations chez de nombreuses espèces marines. D'après Océane Salles, doctorante de l'EPHE au CRIOBE, la philopatrie natale pourrait devenir l'unique source de recrutement dans le futur. Néanmoins, la reconstruction d'un pédigrée sur 5 générations sur une période d'étude de 10 ans suggère que l'adaptation locale est possible en milieu marin et qu'elle pourrait être un mécanisme de résilience face aux futurs changements environnementaux.

SOURCE
Océane C. Salles, Benoit Pujol, Jeffrey A. Maynard, Glenn R. Almany, Michael L. Berumen, Geoffrey P. Jones, Pablo Saenz-Agudelo, Maya Srinivasan, Simon R. Thorrold and Serge Planes, First genealogy for a wild marine fish population reveals multi-generational philopatry, PNAS, 30 septembre 2016, DOI: 10.1073/pnas.1611797113

CONTACT(S)
Océane Salles
(Perpignan, France)
Serge Planes (Perpignan, France)