Nouvel Article: 27 Novembre 2019 (Salles et al)


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Nemo victime de sa génétique est à la merci de son environnement
27 Novembre 2019 | Contact: BENOIT PUJOL | Ecology Letters

Nemo n’a pas la capacité génétique de s’adapter à son environnement naturel. Une étude récente de génétique quantitative menée sur 10 ans en Papouasie Nouvelle Guinée vient de le démontrer. Cette étude publiée dans la revue Ecology Letters par des scientifiques du CNRS (CRIOBE USR3278 PSL University Paris : EPHE-UPVD-CNRS, Perpignan, France), d’Australie (ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies at James Cook University), d’Arabie Saoudite (KAUST), du Chili (Universidad Austral de Chile), et des États-Unis (WHOI) montre que le succès reproducteur local, garant de la régénération de la population, dépend presque entièrement de l'environnement, et notamment de son anémone. Le futur de Nemo dépendra de notre capacité à préserver son habitat.

La capacité génétique d’une population naturelle à s’adapter, mathématiquement évaluée par le théorème fondamental de la sélection naturelle, n’a été mesurée à ce jour que chez une quinzaine d’espèces terrestres dans le monde. L'originalité de cette étude réside dans le fait que cette question n'avait jusqu'à aujourd'hui jamais été abordée chez le poisson clown, ni aucune autre espèce marine.

D'après Serge Planes, directeur de recherche au CNRS : "Cela n'a rien d'étonnant ! Pour ce type d'études, il faut récupérer les données génétiques d'un maximum d'individus et suivre la population sur de longues périodes de temps. De tels suivis sont très rares en général, et encore plus rare, voire inexistants pour des poissons de récif corallien." Pour Benoit Pujol, chercheur au CNRS: "Recueillir ce type de données représente déjà un sacré défi scientifique pour des organismes terrestres, vous pouvez imaginer ce que cela représente lorsqu'il est mené sous le niveau de la mer."

Poissons clowns (Amphiprion percula) sur leur anémone dans le lagon de l’île de Kimbe en Papouasie Nouvelle Guinée. © Simon Thorrold (WHOI)

Voila qui est désormais chose faite ! Une équipe internationale constituée de chercheurs du CNRS (CRIOBE USR3278 PSL University Paris : EPHE-UPVD-CNRS, Perpignan, France) en collaboration avec des chercheurs d'Arabie Saoudite (KAUST), d'Australie (ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies at James Cook University), du Chili (Universidad Austral de Chile), et des Etats Unis (WHOI), a suivi les poissons clowns des lagons de l’île de Kimbe, un hot spot de biodiversité situé en Papouasie Nouvelle Guinée pendant plus de dix ans. A la sortie, identifications, mesures et échantillonnages d’ADN ont permis de mener une étude sans précédent dans le milieu sous-marin. Après avoir reconstruit l’arbre généalogique des poissons clowns de l’île de Kimbe, ils ont réussi à mesuré leur potentiel génétique à évoluer, notamment pour la capacité de renouvellement de la population. Or, ce potentiel est quasiment nul, comme l’atteste sa faible variation génétique, quasiment inexistante !

Poissons clowns (Amphiprion percula) sortant de leur anémone pour saluer les plongeurs scientifiques, ou plus probablement défendre leur habitat. © Morgan Bennett-Smith (KAUST)

Les caractéristiques de l'anémone, qui constitue la maison du poisson clown, affectent par contre énormément, à 50% en moyenne, la capacité des poissons clowns à renouveler les effectifs de la population. Avec le changement climatique, ces anémones, et l’ensemble des récifs coralliens en général, sont menacés ! D'après Geoffrey Jones, professeur à JCU: "Pour le poisson clown, ce n'est pas qui vous êtes mais où vous êtes qui est important. Avoir une maison en bon état est mieux que de bons gènes". D'après Pujol: "Nemo se retrouve ainsi à la merci des changements de son habitat étant donné qu’évoluer génétiquement pour changer et s’adapter à de nouvelles contraintes sera difficile. Protéger la qualité de son habitat est donc essentiel." Pour Planes: la capacité du poisson clown à se maintenir dans les lagons dépendra au moins en partie de la nôtre à maintenir la qualité de son habitat".

Salles O, Almany G, Berumen M, Jones G, Saenz-Agudelo P, Srinivasan M, Thorrold S, Pujol B, Planes S (2019).  Strong habitat and weak genetic effects shape the lifetime reproductive success in a wild clownfish population. Ecology Letters. 26 November 2019.

CONTACT
Benoit PUJOL | Perpignan, France
Serge PLANES | Moorea, Polynésie française