Nouvel Article: 6 Septembre 2017 (Mourier et al)

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Se plonger dans la vie sociale des requins, une affaire d'echelle spatiale
6 Septembre 2017 | Contact: JOHANN MOURIER | Royal Society Open Science

Dans un article publié cette semaine dans la revue Royal Society Open Science, le Dr Johann Mourier en post-doctorat au CRIOBE, et en collaboration avec Macquarie University en Australie, a utilisé l’approche des réseaux sociaux pour étudier les interactions sociales chez le requin de Port-Jackson, une espèce de requin endémique de l’Australie qui forme de grandes agrégations lors de la période de reproduction. “Un des points intéressant de cette étude est que nous avons pu montrer pour la première fois que lors de ces rassemblements annuels, ces petits requins benthiques montraient de fortes affinités pour certains individus ” nous confie le Dr Johann Mourier, premier auteur de cette étude. “Les grandes agrégations lors de la période de reproduction représentent une collection non-aléatoire d’individus. Ces requins choisissent les individus avec qui ils préfèrent échanger”.

Les requins ne sont pas reconnus pour leurs caractères sociaux mais les chercheurs se sont intéressés à leur vie sociale dans la région de Sydney en Australie. De nombreux animaux forment des groupes sociaux à des degrés de complexité différents, mais étudier la socialité d’animaux aquatiques de grande taille est indéniablement complexe car il est souvent difficile d’observer leur comportement naturel. Le Fish Lab à Macquarie University avec qui le Dr Mourier a collaboré s’est intéressé à cette problématique depuis plusieurs années en utilisant des marques acoustiques qui identifient les passages des animaux équipés dans la zone de détection de récepteurs (typiquement des hydrophones) disposés dans la Baie de Jervis au sud de Sydney où se ressemblent en nombre les requins de Port-Jackson. En analysant leur présence sur zone, les chercheurs ont pu déterminer quels étaient les individus qui s’associaient et quelle était la durée de ces contacts.

L’article met non seulement en avant le fait que la socialité des requins pouvait être étudiée mais aussi que l’échelle à laquelle ces interactions doivent être mesurées est très importante si l’on veut révéler de vraies interactions. “Il est évident que vous ne pouvez pas avoir une image plausible des interactions sociales si vous collectez des données à une échelle spatiale trop grande.” explique Johann. “Des interactions sociales n’ont de sens que si elles sont détectées à une petite échelle spatiale qui dépend de l’écologie de l’espèce que vous étudiez. Le requin de Port-Jackson étant un petit requin généralement peu actif, passant de longues heures posé sur le fond en compagnie de ses congénères, il est donc important de mesurer ses interactions à l’échelle de quelques mètres uniquement.”

“Malgré leur petite taille et leur mode de vie benthique, les requins de Port Jackson effectuent d’impressionnantes migrations”, explique Culum Brown qui dirige le Fish Lab à Macquarie University. En effet, les requins marqués durant la période de reproduction en hiver dans la Baie de Jervis en Galle du Sud, peuvent effectuer des migrations jusqu’en Tasmanie située à plus de 1000 km au sud puis revenir la saison suivante1. “Lorsqu’ils reviennent sur leur récif de reproduction, ils le font avec une précision incroyable. Mâles et femelles retournent exactement sur le même petit récif pour se reproduire année après année ce qui est rare chez les requins” explique Jo Day du Zoo de Taronga à Sydney et partenaire de l’étude. Johann Mourier qui s’intéresse depuis longtemps au développement de la socialité chez les requins conclue d’ailleurs que “ces préférences sociales se sont certainement établi sur le long-terme grâce au fait que ces requins se connaissent à force de revenir sur le même site année après année”.

L’équipe de chercheurs espère que son travail contribuera à une meilleure connaissance des comportements sociaux et des déplacements chez les requins, ainsi qu’à changer l’image généralement négative des requins dans la société.

1Complement d’information: Bass N, Mourier J, Day J, Knott N, Guttridge T, Brown C (2017) Long-term migration patterns and bisexual philopatry in a benthic shark species. Marine and Freshwater Research 68(8): 1414-1421.

RÉFÉRENCE
Mourier J, Bass NC, Guttridge TL, Day J, Brown C (2017). Does detection range matter for inferring social networks in a benthic shark using acoustic telemetry? R. Soc. Open Sci. 4: 170485. http://dx.doi.org/10.1098/rsos.170485

CONTACT
Johann Mourier (Perpignan, France)


ENGLISH VERSION


DIVING INTO THE SOCIAL LIVES OF SHARKS, A MATTER OF SCALE
6 September 2017 | Contact: JOHANN MOURIER | Royal Society Open Science

In research published this week in the Royal Society’s Open Science journal, Post-Doctoral Researcher Johann Mourier in collaboration with Macquarie University in Australia, used a social network analysis to examine the social interactions of Port Jackson sharks, arguably the most common sharks in southern Australia. “One of the most interesting elements about this research is that we show for the first time that these sharks show very strong preferences for particular individuals”, says Dr Johann Mourier, the lead author on the paper. “The large aggregations that these sharks form in the breeding season is not a random collection of individuals. These sharks prefer to hang out with other individuals of the same sex and size”.

Sharks are not well known for being social animals, but researchers have been studying their social behaviour in and around Sydney, Australia for several years now. Many animals form social groups to varying degrees, but studying the social lives of large aquatic animals is inherently difficult largely because it is hard to observe their behaviour. The Fish Lab at Macquarie University and Dr Mourier have circumvented this problem by using acoustic tags which identify individual animals when they are within range of the receiver (effectively a hydrophone with a memory card). By analysing the time-stamps, the researchers can tell who hangs out with who and for how long.

The paper also makes an important point in that the scale at which you record these social interactions is very important. “It is obvious from our analysis, that you cannot generate an accurate picture of social interactions if you collect data at a large spatial scale.” explains Mourier. “Meaningful social interactions are only detected if you look at relatively small spatial scales. You have to get up close and personal to really understand how these animals interact with one another”.

"Despite their small size and benthic lifestyle, Port Jackson sharks make impressive migrations”, explains Culum Brown, co-author and manager of the Fish Lab at Macquarie University. Sharks tagged during the breeding season (winter) in Jervis Bay in NSW, migrate all the way to Tasmania and back1. When they return to their breeding reefs, they do so with incredible accuracy. “Both males and females return to the same rocky reef to breed year after year” explains Jo Day from Taronga Zoo, a co-author of the paper. “This is pretty unusual for sharks, but it means that these guys establish long term relationships over many years”.

The team hope that their work will help understand the social behaviour and movement patterns of sharks generally and help dispel the “mindless killer” label these fascinating creatures are all too often lumped with.

1Additional information: Bass N, Mourier J, Day J, Knott N, Guttridge T, Brown C (2017) Long-term migration patterns and bisexual philopatry in a benthic shark species. Marine and Freshwater Research 68(8): 1414-1421.

REFERENCE
Mourier J, Bass NC, Guttridge TL, Day J, Brown C (2017). Does detection range matter for inferring social networks in a benthic shark using acoustic telemetry? R. Soc. Open Sci. 4: 170485. http://dx.doi.org/10.1098/rsos.170485

CONTACT
Johann Mourier (Perpignan, France)