Nouvel Article: Juin 2021 (Lecchini et al)

Biodiversité marine d’une île inhabitée de Polynésie française
Contact: David Lecchini | Février 2021 | Island Studies Journal

Diaporama - Biodiversité marine d’une île inhabitée de Polynésie française

La compréhension de l'état naturel des récifs coralliens est primordiale pour évaluer la réponse de ces écosystèmes aux impacts humains locaux et globaux ainsi que les stratégies de gestion et de conservation.

En Polynésie française, certaines îles sont encore vierges ou inhabitées, comme l'atoll de Tupai.
Cet atoll est situé à 275 km au nord-ouest de Tahiti et à 15 km au nord-nord-ouest de Bora-Bora, dans l'archipel des îles de la Société. Il est petit : 950 ha et 24 km de circonférence, avec un lagon fermé et seulement cinq hōā, ces petits canaux d’échange entre le lagon et l'océan, sont aujourd’hui fonctionnels.

L'atoll de Tupai, autrefois habité par trois familles polynésiennes, a été visité par les Européens lors du premier voyage de James Cook en Polynésie française, le 27 juillet 1769. En 1930, trente personnes vivaient sur l'atoll et y faisaient de la plantation de cocotiers. En 1983, la population de Tupai était passée à 50 personnes. En 1998, le gouvernement polynésien a acheté l'atoll pour en faire un lieu de visite pour des invités prestigieux.

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En 2010, l'atoll est devenu inhabité à la suite du cyclone Oli, qui a détruit les constructions humaines existantes (Fare et petit aéroport). L’atoll est depuis surveillé par des gardiens et son lagon interdit d’accès, mais les pentes externes de Tupai restent accessibles.

En 2019 une équipe de chercheurs du CRIOBE s’est rendu sur cet atoll pour y effectuer plusieurs suivis de la biodiversité marine. Cette mission a concerné les coraux, les macro-invertébrés et les poissons.
La couverture corallienne vivante à l'intérieur du lagon variait de 5 % à 42 %. Les récifs coralliens à l'intérieur du lagon sont moins sains qu’à Bora-Bora, île qui peut recevoir jusqu’à 120 000 touristes par an. Une raison possible à ce phénomène ? Le manque de circulation de l'eau dans le lagon de l’atoll. Avec seulement 5 hōā fonctionnelles, l'eau est rarement renouvelée et la partie nord du lagon est soumise en permanence à une prolifération d'algues. Les suivis de l’équipe de scientifique ont par contre montré une couverture corallienne vivante élevée sur la pente externe de Tupai : 46% du fond marin est recouvert de coraux vivants ! Peut-être en raison de l'absence d'activités nautiques et subaquatiques qui peuvent entraîner des casses mécaniques, ou en l’absence de pollution locale pouvant provenir d'activités privées et commerciales.

Les faibles densités des principaux taxons de macro-invertébrés (oursin, bénitier et holothurie) pourraient également s'expliquer par le manque de renouvellement de l'eau du lagon et le manque d'oxygène qui en résulte. De plus, comme cela a été observé pour certains récifs dans le monde au cours des 20 dernières années, une mortalité massive d'oursins a pu se produire à Tupai en raison d'épidémies de maladies bactériennes ou virales.

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Parmi les 126 espèces de poissons recensées au stade adulte dans le lagon de Tupai, 37 sont des espèces commerciales. Ces résultats sont cohérents avec des conclusions précédentes selon lesquelles les récifs vierges sont souvent des « points chauds de la biodiversité ». Par contre l’étude du CRIOBE a mis en évidence une faible densité d'espèces de poissons commerciaux et des prédateurs (gros vivaneaux, mérous, carangues) sur la pente externe, par rapport au lagon où les prédateurs représentent 16% de la densité des groupes trophiques présents. Depuis 2010 les pentes externes de l’atoll sont restées accessibles et sont régulièrement fréquentées par des pêcheurs des îles voisines Bora-Bora et Raiatea.
Dans l'ensemble, cette évaluation scientifique de Tupai a permis de comprendre les schémas spatiaux des coraux, des macro-invertébrés et des assemblages de poissons en l'absence d'impact humain, représentant ainsi une base écologique qui pourrait être d’une aide précieuse pour les stratégies de gestion de la conservation pour assurer la préservation des écosystèmes coralliens.

CITATION

Lecchini et al. Marine biodiversity of a pristine coral reef in French Polynesia Island Studies Journal, 16(1), 2021, 292-307 . https://doi.org/10.24043/isj.150

Contact :

David Lecchini, david.lecchini@ephe.psl.eu