Titre du projet : Les RIsques NAturels extrêmes sur les Littoraux de la POlynésie Française
Lieu : Polynesie française
Les principaux participants : Samuel ETIENNE, James P. TERRY, Raphael PARIS, Isabelle COUCHOUD, Adam SWITZER, Annie LAU, Ying Sin LEE, James GOFF, Catherine CHAGUE-GOFF
Ce programme de recherche, financé dans le cadre du Contrat de Projets Etat-Territoire, s’intéresse aux risques naturels extrêmes sur les littoraux de la Polynésie française. Plus précisément, l’objectif est de caractériser les aléas naturels d’origine marine par le biais de l’analyse des archives géologiques (géomorphologiques et sédimentaires) et de la modélisation des conditions leur mise en place. La problématique est donc centrée sur l’identification des impacts géomorphologiques et des traces sédimentaires des événements extrêmes ayant affecté les littoraux du territoire polynésien au cours de l’Holocène dans le but de déterminer les types d’événements (tsunamis, cyclones), leur fréquence et leur intensité (hauteur des vagues, vitesse des courants).
Les littoraux polynésiens représentent des espaces où le risque d’inondation marine catastrophique est particulièrement élevé car les caractéristiques topographiques des îles, le contexte géodynamique et les conditions météo-marines se conjuguent pour augmenter la vulnérabilité de ces espaces. En effet, une grande partie des îles océaniques pacifiques sont soit des îles basses (archipel des Tuamotu) dont l’altitude maximale atteint 6-7 m, plus rarement 10 m, soit des îles volcaniques hautes aux pentes fortes, ceinturées par une plaine d’origine corallienne où se concentre l’essentiel de la population (Îles de la Société, Australes) ; du point de vue tectonique, la Ceinture de feu du Pacifique est caractérisée par l’activité sismique sous-marine la plus importante du globe, ce qui génère de nombreux tsunamis locaux, régionaux voire transocéaniques (Gusiakov, 2007). Enfin, la moitié ouest du Pacifique tropical est également la zone où la cyclogenèse est parmi la plus élevée de la planète : en moyenne, chaque année, une dizaine de cyclones tropicaux affectent le SW Pacifique. Lors des épisodes climatiques ENSO (El Niño Southern Oscillation), la zone d’activité cyclonique migre vers l’est au-delà de l’antiméridien et affecte, souvent durement, les îles et les populations du Pacifique central (Terry & Etienne, 2010a, 2010b, 2010c). Ainsi, le Pacifique en général et la Polynésie en particulier comptent parmi les espaces les plus affectés, en termes de fréquence mais aussi d’intensité, par les aléas conduisant à une inondation marine catastrophique.
Le contexte démographique contemporain se caractérise par une littoralisation croissante des peuplements, donc à une concentration des enjeux (humains et socio-économiques) dans un espace étroit et à risque. Le tourisme polynésien repose en grande partie sur l’exploitation du littoral à travers l’implantation des infrastructures d’accueil ou les activités de loisir (plongée sous-marine, tourisme lagonaire). L’industrie perlière exploite également des lagons en eaux peu profondes qui peuvent être lourdement affectés par ces événements. Or les événements extrêmes constituent des menaces sérieuses pour l’équilibre socio-économique des états insulaires océaniens, tout événement pouvant surpasser la résilience sociétale d’un Etat. D’ailleurs, les accords tripartites FRANZ symbolisent la prise de conscience des États face à la dévastation potentielle de leur environnement par les aléas extrêmes, qui représenterait la perte d’une source de revenus importante, surtout pour des îles incarnant des espaces naturels paradisiaques et aux revenus tournés vers l’exploitation du littoral. Un événement extrême représente aussi un risque de perturbation majeure de l’équilibre régional que les puissances de la région souhaitent parer afin d’éviter d’assumer les répercussions sur le long terme (Mallatrait, 2009).
L’objectif principal du programme est donc d’estimer l’ampleur du risque extrême sur les littoraux polynésiens à la lumière des avancées scientifiques récentes en matière d’interprétation des archives environnementales (reconstruction paléo-environnementales à partir des archives géologiques pour une analyse rétrospective des risques), de modélisation des inondations marines (Paris et al., 2010 ; Etienne et al., 2011; Jaffe et al., 2011) et de datation des événements (radionucléides cosmogéniques). Il tentera donc de répondre à trois questions dont les réponses sont un préalable à toute politique d’aménagement prenant en compte de manière objective les risques naturels littoraux : quels types d’événements ? quelle intensité ? quelle fréquence ?
Le financement : Contrat de Projets Etat-Territoire, CNRS, University of New South Wales, National University of Singapore, Earth Observatory of Singapore.
Les collaborations :