Sauvegarde nacre

Projet: Mise en place d’un plan de sauvegarde de la nacre, Pinna nobilis, en Occitanie (Sauvegarde nacre)

Coordinateur: Serge Planes

Période: 2019-2021

Zone d’Étude: Méditerranée - Golfe du Lion – Littoral du Roussillon et du Languedoc

Contexte : Pinna nobilis est une espèce de mollusque endémique de Méditerranée. D’une taille pouvant atteindre plus d’un mètre, P. nobilis est ancrée dans le sédiment, au moyen de filaments de byssus jusqu’à en moyenne un tiers de sa hauteur. P. nobilis est un organisme filtreur qui s’oriente et s’incline dans le sens du courant afin d’en retenir le plancton et la matière organique nécessaires à sa croissance. Après avoir quasiment disparu dans les années 1960-1970 suite à des pressions anthropiques (i.e. collectes importantes), P. nobilis est désormais protégée au plan national (arrêté du 20 décembre 2004 fixant la liste des animaux de la faune marine protégés sur l'ensemble du territoire), européen (Directive Habitats-faune-flore CEE 92/43 – annexe IV) et international (protocole de Barcelone –annexe II). Ce bivalve, considéré comme un excellent bio-indicateur, recolonise depuis quelques années les herbiers de posidonies. Ainsi l’espèce est bien connue dans les herbiers de la côte rocheuse des Albères mais aussi au large d’Agde. Plus récemment, l’espèce est également décrite dans certains étangs du littoral languedocien ainsi que dans certains ports du littoral sans qu’il n’y ait réellement eu de recensement. En fait, la grande nacre demeure très méconnue car très peu d’études lui ont été consacrées que ce soit au niveau de la région Occitanie ou plus largement au niveau national ou international.

Dans le cadre d’un projet d’envergure sur le littoral occitan nous avons pu mettre en exergue que la population de grande nacre, P. nobilis, est très abondante sur le littoral occitan, dans les étangs et dans les ports du littoral.

Une espèce aujourd’hui en voie d’extinction sur les côtes espagnoles

Depuis 2016, des mortalités massives de Pinna nobilis ont été enregistrés dans les populations de la Méditerranée occidentale et se poursuivent de façon dramatique aujourd’hui. Ils sont apparus pour la première fois dans le sud-est de la péninsule ibérique et dans les îles Baléares fin 2016 et se sont rapidement répandus depuis, causant la mortalité de la quasi totalité des individus dans toutes les populations infectées. À ce jour, la mortalité a été confirmée sur toute la côte espagnole et se développe en Corse, en Italie et au-delà en mer Egée, en Adriatique ou encore sur les littoraux du sud de la Méditerranée en Tunisie, laissant craindre jusqu’à une extinction de l’espèce.

L’épidémie est causée par une nouvelle espèce de protozoaire parasite (genre Haplosporidium). Une fois qu’une population est infectée, la probabilité de survie de tout individu est très faible.

Aujourd’hui, l’espèce vient d’être classée « en voie d’extinction » en Espagne et un programme de sauvegarde de l’espèce se met en place avec le concours d’aquariums publics. Néanmoins, démarrée avec un certain retard, l’opération est très limitée en raison du nombre très faible de nacres encore vivantes dans le milieu naturel en Espagne.

Une pandémie qui se propage sur les côtes françaises depuis 2018

Fin 2017 et début 2018, les premières mortalités importantes ont été observée au sud du cap de Creus avec des mortalités déjà de 80% référencées dans la zone de Port Lligat, près de la frontière française.

En 2018, des mortalités sont observées, en Corse, sur littoral du Var et en juillet 2018, nous avons observé les premières mortalités dans la zone de la baie de Peyrefite, dans la réserve de Cerbère-Banyuls. Après analyse et validation auprès d’un laboratoire vétérinaire collaborant avec le gouvernement espagnol, il apparaît qu’il s’agit bien d’infestation du parasite du genre genre Haplosporidium qui cause des mortalités massives en Espagne et sur toute la Méditerranée qui est à présent sur la côte rocheuse des Albères.

Les populations françaises suivant les mêmes trajectoires démographiques (à savoir des mortalités qui ne laissent que peu d’individus (6 individus connus sur toute la côte des Albères), nous pouvons donc envisager des mortalités massives sur la côte occitane qui représente une des rares zones non encore impactée.

Mise en place d’un plan de sauvegarde de l’espèce

Dans ce contexte le projet a pour but de mettre en place d’un plan de sauvegarde de l’espèce, avec 2 parties :

1. La mise en aquarium, en système fermé du milieu, des nacres pour dans un premier temps et dans l’urgence assurer que l’espèce soit préservée. C’est en quelque sorte la création d’un conservatoire « in vivo» de l’espèce sur un principe de précaution en l’absence de certitude sur la capacité de l’espèce à résister à la pandémie en cours.

  • Sauvegarde en aquarium d'un stock de géniteurs potentiels de Pinna nobilis. Dans une première phase et compte tenu de l’urgence, nous allons mettre en quarantaine rapide 150 individus (nombre minimum pour assurer une préservation de l’espèce) dans 3 structures d’aquariums différentes pour minimiser les risques sur chaque site. Les candidats initiaux (Aquarium de l'Observatoire Océanologique de Banyuls, Aquarium de Canet en Roussillon et Aquarium de recherche du CRIOBE) seront également en charge au plus vite de prendre contact avec d’autres aquariums publics pour augmenter le nombre d’individus mis en quarantaine.
  • Mise au point d'un protocole de reproduction de l'espèce en aquarium. Une fois les conditions d’aquarium maitrisée pour l’espèces, l’objectif se développer des essais visant à la mise au point d'un protocole de reproduction en captivité de Pinna nobilis en vue de l'obtention de juveniles; ceci dans une perspective future réensemencer le milieu natural ultérieurement. Ce travail sera réalisé en partenariat au sein du consortium.

2. Avec l’appui de la Région Occitanie, ce plan prévoit également le suivi des populations naturelles pour évaluer la progression et l’impact du parasite et dans les populations naturelles.

Collaborateurs: CRIOBE USR 3278 PSL Université Paris : EPHE-UPVD-CNRS ; L'Observatoire Océanologique de Banyuls et Aquarium de Canet en Roussillon

Source de Financement: la Région Occitanie